« Sors de ce corps, Maryvonne ! »

On croyait avoir changé d’époque. On avait même, par optimisme coupable, imaginé que le changement municipal ouvrirait enfin les fenêtres, ferait entrer un peu d’air neuf, quelques idées, peut-être même, soyons fous, une vision.

Las.

À lire le dernier éditorial du bulletin municipal de mai, on entend déjà craquer les vieilles lattes du même plancher. Le nouveau maire nous parle du mois de mai, des beaux jours, des longs week-ends, des loisirs, des sentiers, des paysages, des tourbières, de la lecture agréable et du “juste équilibre” entre village et destination touristique. Bref : la montagne en carte postale, la politique en météo, l’action publique en tisane tiède.

« Maryvonne, sors de ce corps ! »

Car il faut bien le dire : l’originalité éditoriale semble avoir changé de signature sans changer de parfum. Le style demeure : un peu de saison, beaucoup de bluette, trois brassées de bons sentiments, et cette éternelle invocation à la cohabitation harmonieuse entre tout et son contraire. Les loisirs, l’économie, la nature, le tourisme, la qualité de vie : tout le monde se tient par la main, personne ne se marche sur les pieds, les pelleteuses chantent avec les mésanges et les parkings fleurissent au bord des captages d’eau potable.

J’avais écrit : “Il faut que tout change pour que rien ne change.”
Nous y voilà. À peine installé, le nouveau maire dispose déjà d’un programme éditorial solide : quatre saisons, douze bulletins, donc quatre éditos tout trouvés. Le printemps pour les beaux jours, l’été pour l’attractivité, l’automne pour les couleurs, l’hiver pour la neige, si elle daigne encore tomber entre deux canons !

Et comme par enchantement, voici revenir le vieux mantra local : le tourisme “quatre saisons”. Cette formule magique psalmodiée par tous les maires du massif dès qu’il s’agit de justifier toujours plus d’équipements, toujours plus d’événements, toujours plus de fréquentation, toujours plus d’aménagements. Mais toujours, bien sûr, dans le respect de la nature. La nature, ici, est priée d’applaudir pendant qu’on organise sa mise en vitrine.

Ce billet n’est qu’une introduction, un avant-goût.
La suite viendra bientôt, avec ce qu’il faut de sel sur la langue et de faits sur la table.
Car derrière les mots doux, beaux jours, loisirs, nature préservée, juste équilibre, se cachent souvent de vieux réflexes électoraux qui avancent en pantoufles.
On nous avait annoncé le changement.
Pour l’instant, on entend surtout le bruit lancinant de la photocopieuse.

Dominique HUMBERT-BERETTI alias GRACCHUS

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