Le questionnaire municipal a été transmis aux deux listes candidates :
- « Ensemble pour La Bresse » (liste de la maire sortante)
- « La Bresse, je participe »
- Les questions étaient identiques. Précises. Comparables :
Logement social et loi SRU
Vie démocratique locale
Sécurité et politique de prévention
Relation avec la CCHV
Structures culturelles et projets structurants
Politique culturelle et développement humain
Petite enfance
Éducation et politique scolaire
Engagement personnel et éthique
Mobilités, sécurité et espace public
Foncier, logement et coût de la vie
Projets de tyroliennes et équipements de loisirs
Pollutions, odeurs et rivière Moselotte
Environnement, biodiversité et cadre de vie
Tourisme et modèle économique
Vision générale et gouvernance
À l’issue du délai de réponse fixé, puis prolongé, le constat est simple.
La liste « Ensemble pour La Bresse » a répondu par un mail indiquant qu’elle ne répondrait pas au questionnaire.
La liste « La Bresse, je participe », après un premier renvoi vers son site internet et sa démarche participative, n’a transmis aucune réponse écrite et structurée aux questions posées.
Aucune des deux listes n’a donc répondu ni fourni d’engagements concrets et comparables.
Un déséquilibre objectif dans l’expression publique
Une différence importante doit toutefois être soulignée.
La liste « La Bresse, je participe » a publié un site internet et un programme, accessible publiquement.
La liste sortante « Ensemble pour La Bresse » n’a, à ce jour, publié aucun programme structuré.
Il existe donc, pour l’une, une matière à examiner.
Pour l’autre, un silence programmatique complet, à quoi il faut ajouter une absence de bilan du mandat (Dans le cas ou un programme serait rendu public, nous ne manquerions pas d’en faire une analyse détaillée)
Ce déséquilibre d’expression justifie que l’analyse future porte davantage sur le programme effectivement publié.
On ne peut analyser que ce qui est rendu public.
Mais la situation de la liste sortante appelle toutefois une analyse plus approfondie.
L’absence de programme : un symptôme, pas un accident
La maire sortante ne publie aucun programme détaillé pour le prochain mandat.
Ce choix n’est pas anodin.
Il prolonge une pratique déjà observée pendant les six années écoulées : l’absence de vision formalisée, l’absence de cap stratégique explicite, l’absence d’évaluation publique structurée.
Un mandat municipal doit pouvoir être lu comme une trajectoire :
- objectifs annoncés,
- moyens mobilisés,
- résultats mesurés,
- ajustements assumés.
Où est ce document ?
Où est le bilan chiffré des engagements pris en 2020 ?
Où sont les indicateurs sur la démographie, le logement, le commerce permanent, l’équilibre touristique ?
Où est l’analyse des réussites et des échecs ?
Une commune ne se gère pas par impressions successives. Elle se gouverne par stratégie.
Une commune en mutation sans pilotage clair
Durant le mandat écoulé :
- la population a continué de diminuer ;
- le prix du foncier a continué d’augmenter ;
- les résidences secondaires ont progressé ;
- la dépendance au tourisme saisonnier s’est accentuée.
Ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Ils étaient identifiables dès le début du mandat.
La question n’est donc pas celle de la difficulté. Elle est celle de l’anticipation.
Quel cap a été fixé ?
Quelle régulation a été engagée ?
Quelle stratégie de maintien des habitants permanents a été formulée ?
Sans programme écrit, la continuité devient implicite. Mais une continuité non explicitée ne peut être ni débattue ni évaluée.
Sans engagements formalisés, le débat électoral perd en clarté et la responsabilité politique s’affaiblit.
Gouverner sans écrire
Refuser de répondre à des questions précises et ne pas publier de programme détaillé revient à s’exonérer d’engagements vérifiables.
Or, en « démocratie représentative », la responsabilité politique repose sur la clarté des engagements.
Ce qui n’est ni formulé, ni chiffré, ni assumé publiquement ne peut être ni évalué ni véritablement contesté.
L’absence de précision élargit la liberté d’action de l’exécutif, mais elle réduit symétriquement la capacité des citoyens à exercer leur droit de contrôle.
Sans document écrit :
- pas de comparaison,
- pas d’évaluation,
- pas de responsabilité clairement assignable.
La démocratie municipale ne peut se réduire à la gestion quotidienne et à la communication institutionnelle.
Elle suppose un engagement public formalisé.
Un enjeu démocratique
La situation actuelle pose une question simple :
Peut-on solliciter un nouveau mandat sans présenter de programme détaillé et sans bilan structuré du précédent?
La réponse ne relève pas de la polémique. Elle relève de l’exigence démocratique.
Hannah Arendt rappelait que la politique suppose l’apparition publique, c’est-à-dire l’acceptation d’être vu et jugé à travers ses paroles et ses actes.
Un mandat sans bilan formalisé. Une campagne sans programme publié.
Il ne s’agit pas d’un manquement spectaculaire.
Mais cela traduit une conception restreinte de la responsabilité politique : celle qui consiste à exercer un mandat, parfois d’en cumuler plusieurs, sans formaliser clairement les engagements qui permettront d’en évaluer l’action.
Ce débat ne concerne donc pas seulement une méthode de campagne ni une question de style politique. Il touche à quelque chose de plus profond : la manière dont se construit le lien entre les élus et les citoyens. Car la responsabilité démocratique ne se réduit pas à l’exercice légal du pouvoir. Elle repose sur un contrat implicite mais essentiel : des engagements clairement formulés en échange d’un mandat clairement confié.
Lorsque ce contrat s’affaiblit, faute de bilan structuré, faute de programme explicite, c’est la confiance elle-même qui s’érode.
Et cette érosion n’est pas abstraite. Elle se mesure. Elle s’observe. Elle se traduit dans les urnes.
C’est dans ce cadre plus large qu’il faut situer la question de la participation électorale.
La question de la participation électorale ne relève pas de l’opinion ou du seul constat moral : des données récentes confirment la baisse durable de la participation aux scrutins locaux en France.
Aux élections municipales de 2020, le taux d’abstention a atteint un record historique depuis 1958, avec environ 55,4 % d’abstention au premier tour, contre environ 36,4 % en 2014, soit une augmentation de près de 19 points sur une élection (data.gouv.fr).
Cette progression ne s’explique pas uniquement par des causes structurelles ou exceptionnelles comme la pandémie : des recherches en sciences sociales soulignent déjà une tendance à la baisse de la participation municipale sur plusieurs décennies, révélatrice d’une défiance croissante envers les scrutins locaux et les institutions qui les portent (SHS Cairn.info).
Dans ce contexte, l’absence de programmation claire, chiffrée et opposable d’un programme municipal, et la posture consistant à éviter des engagements précis, ne sont pas des détails techniques. Ils s’inscrivent dans une dynamique plus large où une part significative des électeurs perçoit que leur vote n’est pas lié à des choix clairement définis et contrôlables.
Ainsi, quand un projet politique ne rend pas explicite ce sur quoi il engage, quelles priorités, quels objectifs, quels indicateurs de succès, il alimente un sentiment d’inutilité du vote : à quoi bon se déplacer si les décisions se prennent ensuite sans cadre vérifiable ? Cette interrogation, concrète, structurelle et documentée, s’inscrit au cœur de la crise de la participation que traverse aujourd’hui la « démocratie représentative » locale.
« La Bresse, je participe » : un programme à examiner
La seconde liste a, elle, publié des textes.
Ils seront analysés.
Et cette analyse sera d’autant plus approfondie que le document existe.
Un programme publié appelle un examen critique.
D’ores et déjà, plusieurs points méritent d’être interrogés :
- L’absence d’engagements chiffrés.
Aucune trajectoire financière précise n’est présentée. Les intentions sont formulées en termes généraux, « soutenir », « développer », « accompagner », sans indication de volumes, d’objectifs mesurables ni d’échéances. Or, sans indicateurs chiffrés, il devient impossible pour les citoyens d’évaluer la faisabilité des propositions ou d’en contrôler l’exécution au cours du mandat. - L’absence de hiérarchisation budgétaire.
Les priorités ne sont pas traduites en arbitrages. Gouverner, c’est choisir. Un programme municipal sérieux devrait indiquer quels secteurs seront prioritaires, lesquels devront être contenus, et comment les contraintes financières seront intégrées (capacité d’autofinancement, endettement, subventions attendues, fiscalité locale). L’absence de hiérarchisation laisse planer l’idée que tout serait possible simultanément, ce qui, en matière budgétaire, relève rarement du réel. - L’absence de mention explicite de la loi SRU.
Dans une commune confrontée à la pression foncière et touristique, la question du logement social ne peut être contournée. L’article 55 de la loi SRU impose des objectifs précis aux communes concernées. Ne pas évoquer clairement cette obligation, ses contraintes et les choix stratégiques qu’elle implique revient à éluder un enjeu structurant de la politique locale de l’habitat. - La faiblesse des propositions en matière de régulation foncière.
Face à la montée des résidences secondaires, à la tension sur le logement permanent et à la spéculation immobilière, aucun outil précis n’est véritablement mobilisé : droit de préemption renforcé, maîtrise du foncier communal, encadrement des meublés touristiques, stratégie d’acquisition ou de réserve foncière. Les constats sont évoqués, mais les instruments juridiques et opérationnels sont absents. - La réduction de la culture à l’animation et à l’événementiel.
La culture semble envisagée principalement sous l’angle festif ou attractif. Or, une politique culturelle municipale peut également relever de l’éducation artistique, du soutien aux pratiques amateurs, de la transmission patrimoniale, de l’accès aux œuvres, de la structuration d’équipements pérennes. La confondre avec le spectacle et l’animation saisonnière, c’est en réduire la portée civique et émancipatrice. - Une contradiction initiale entre l’affichage participatif et la méthode adoptée.
La liste affirme placer « l’écoute » et la « co-construction » au cœur de son engagement, présenté comme cardinal et répété à plusieurs reprises. Pourtant, plusieurs éléments interrogent cette cohérence : absence de réponse complète et argumentée aux sollicitations citoyennes, absence de dispositifs précis garantissant la participation effective (référendums locaux, budgets participatifs dotés d’enveloppes identifiées, comités de suivi dotés de pouvoirs réels).
Si l’écoute est un principe, elle suppose des mécanismes formalisés, des procédures, des engagements vérifiables. À défaut, elle risque de demeurer une posture déclarative.
Un programme qui ne fixe aucune borne ne fixe aucun cap.
L’analyse détaillée de ces éléments et de quelques autres sera publiée prochainement.
Deux stratégies, un même déficit de clarté
Les deux listes ont adopté des démarches différentes :
- l’une publie un programme généraliste truffé de vagues bonnes intentions mais refuse la réponse précise.
- l’autre ne publie aucun programme et assume ne pas répondre.
Dans les deux cas, les électeurs ne disposent pas de réponses écrites, comparables et engageantes sur des sujets structurants.
Une démocratie locale fragilisée
La démocratie locale ne se limite pas à la présence de listes concurrentes.
Elle suppose :
- des orientations claires, des engagements écrits, des arbitrages assumés.
La Bresse est confrontée à des enjeux majeurs :
- pression immobilière, dépendance touristique, vieillissement démographique, déséquilibre environnemental, structuration culturelle.
Ces enjeux méritent des réponses précises. Le silence ou le flou ne constituent pas des projets.
Conclusion
La démocratie ne consiste pas seulement à déposer un bulletin dans une urne.
Elle suppose que les électeurs puissent comparer des projets explicites.
La démocratie ne s’affaiblit pas dans le débat. Elle s’affaiblit lorsque les engagements écrits disparaissent.
Aujourd’hui :
- une liste refuse de répondre et ne publie pas de programme ;
- l’autre ne répond pas plus mais publie un texte qui devra être examiné en détail.
La Bresse mérite un débat clair.
Un mandat se juge. Un programme s’écrit.
La démocratie demande clarté et courage. La politique devrait répondre à cette hauteur. A La Bresse nous sommes loin du compte !!!














