Pendant plusieurs semaines, la Communauté de communes des Hautes Vosges est restée silencieuse.
Malgré plusieurs demandes, la composition du nouveau comité de direction de l’Office de tourisme communautaire n’était pas publiée de manière facilement accessible et les documents permettant de comprendre comment les représentants socioprofessionnels avaient été désignés demeuraient introuvables.
Nous disposons aujourd’hui d’une partie de ces pièces.
Les statuts de l’Office de tourisme, la délibération du Conseil communautaire du 29 avril 2026, l’arrêté présidentiel du 21 mai désignant les représentants socioprofessionnels, ainsi que les délibérations d’installation du comité de direction nous ont finalement été communiqués.
Ces documents répondent à certaines questions. Ils permettent surtout de distinguer ce qui est désormais établi de ce qui reste à démontrer.
Ils en soulèvent beaucoup d’autres.
Car ils confirment surtout une chose, entre la consultation organisée du 1er au 8 avril, présentée aux professionnels sous la forme d’un vote par collèges et la composition finalement arrêtée, la procédure a changé de nature.
Et c’est précisément cela que les documents transmis ne permettent toujours pas de comprendre.
Une consultation qui ressemblait à une véritable élection
Au début de l’année, les acteurs du tourisme sont invités à participer à une consultation organisée par la Communauté de communes. Chaque collège professionnel doit choisir son représentant.
Associations sportives. Musées. Stations de ski. Activités de pleine nature. Commerçants. Producteurs. Événements. Hébergeurs.
Pour les participants, tout présente les caractéristiques d’une véritable élection professionnelle.
Les candidats se déclarent. Les électeurs votent. Un résultat est établi.
Ce scrutin s’est déroulé du 1er au 8 avril comme prévu.
À l’époque, chacun pouvait naturellement penser que les personnes arrivées en tête représenteraient leur profession au sein du futur comité de direction.
C’est en tout cas ce que laisse spontanément supposer l’organisation même d’un scrutin, alors qu’aucune autre précision n’était apportée.
Des résultats qui existent
Pendant plusieurs semaines, certains ont laissé entendre que ce premier vote n’aurait eu qu’une existence très relative.
Ce n’est plus possible aujourd’hui.
Nous avons pu consulter le tableau récapitulatif établi à l’issue de cette consultation.
Il fait apparaître les candidats arrivés en tête dans chacun des collèges.
Ainsi étaient notamment désignés :
- Gérard Dumaine pour les associations sportives ;
- Élodie Derdaele pour les musées ;
- Nicolas Claudel pour les remontées mécaniques ;
- Laurent Cahon pour les activités de pleine nature ;
- Chloé Leduc chez les commerçants ;
- Laetitia Mathieu chez les producteurs alimentaires ;
- Nicolas Rémy pour les événements nationaux et internationaux ;
- Julie Laurenson, Sandra Arnould, Alban Daubenton et Bruno Parmentier chez les hébergeurs.
Autrement dit, un résultat existait bel et bien.
Il était suffisamment précis pour identifier, collège par collège, les représentants appelés à siéger.
Puis la procédure change de nature
Le 29 avril 2026, le Conseil communautaire adopte une délibération qui modifie profondément le processus.
Le texte ne valide pas les résultats du scrutin.
Il ne les publie pas.
Il ne les annule pas davantage.
Il décide de relancer un appel à candidatures jusqu’au 18 mai et prévoit que l’ensemble des candidatures sera examiné par le Bureau communautaire avant désignation des représentants par le président de la Communauté de communes.
Quelques semaines plus tard, un arrêté présidentiel fixe effectivement la composition définitive des représentants socioprofessionnels.
Et c’est là que les écarts apparaissent.
Plusieurs élus du premier scrutin disparaissent
La comparaison entre le résultat de la consultation et la composition finalement arrêtée est éclairante.
| Collège | Élus au 1er scrutin | Choix définitif |
|---|---|---|
| Activité de pleine nature | Laurent Cahon | Aude Parmentelot |
| Commerçants Artisans Restaurateurs | Chloé Leduc | Loïc Martin |
| Producteurs alimentaire Circuits courts | Laetitia Mathieu | Fabien Poirot |
| Événements nationaux/ internationaux | Nicolas Rémy | Gérard Dumaine |
| Camping Hébergement de groupe | Bruno Parmentier | Éric Legros |
Plusieurs candidats arrivés en tête ne siègent donc finalement pas.
Ils sont remplacés par d’autres personnes.
Cette constatation est factuelle.
Elle résulte de la simple comparaison entre les deux documents.
En revanche, les raisons précises de ces remplacements ne sont expliquées dans aucun des documents transmis.
Une fois le Comité constitué, la démocratie fonctionne…
Le procès-verbal de la première réunion du Comité de direction de l’Office de Tourisme, le 2 juin 2026, apporte un éclairage intéressant.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne révèle pas un fonctionnement opaque de l’Office de tourisme. Bien au contraire.
Les candidatures sont présentées publiquement.
Les candidats exposent leurs motivations.
Les votes sont organisés.
Les résultats sont consignés avec précision.
Lorsque deux candidats se présentent au poste de deuxième vice-président du Comité de direction, chacun développe ses arguments devant l’assemblée.
Élodie Derdaele met en avant son expérience, son engagement en faveur de la promotion du territoire, son action déjà menée avec plusieurs équipements culturels et souligne qu’en tant qu’habitante de Cornimont, son élection permettrait un meilleur équilibre entre les communes de la Communauté de communes. Alban Daubenton présente également sa candidature et expose son parcours.
Un premier vote aboutit à une parfaite égalité.
Un second tour est immédiatement organisé.
Le résultat est connu de tous.
Le procès-verbal en conserve la trace.
Autrement dit, lorsque le Comité de direction de l’OT prend lui-même une décision, la procédure est transparente et chacun peut comprendre comment le résultat a été obtenu.
C’est précisément ce qui manque pour la phase précédente, celle qui a conduit à la désignation des représentants socioprofessionnels et qui relève, elle, de la Communauté de communes des Hautes Vosges.
Le véritable problème n’est peut-être pas le résultat
Les statuts de l’Office de tourisme sont clairs. Ils ne prévoient pas l’élection des représentants socioprofessionnels mais leur désignation par le président de la Communauté de communes sur proposition des représentants des filières touristiques locales et des membres de la commission tourisme.
Le problème n’est donc pas l’existence d’un pouvoir de désignation.
Le problème est ailleurs.
Pourquoi organiser une consultation aussi élaborée si son résultat peut ensuite être profondément remanié ?
Quelle était exactement la portée du vote proposé aux professionnels ?
Était-il simplement consultatif ?
Était-il destiné à éclairer la décision finale ?
Ou donnait-il aux participants le sentiment, finalement trompeur, qu’ils choisissaient eux-mêmes leurs représentants ?
Aucun document communiqué ne répond aujourd’hui clairement à cette question.
Le véritable angle mort de la procédure
Grâce aux documents désormais communiqués, nous connaissons aujourd’hui très bien ce qui s’est passé à partir du 2 juin.
Nous savons qui était présent.
Nous connaissons les débats.
Nous connaissons les candidatures.
Nous connaissons les résultats des votes.
Nous savons même combien de bulletins blancs ou nuls ont été comptabilisés lors de chaque scrutin.
En revanche, tout ce qui précède demeure largement invisible.
Aucun document ne permet encore de comprendre comment la liste des représentants socioprofessionnels a été élaborée entre le premier vote organisé auprès des professionnels et l’arrêté présidentiel du 21 mai.
Il manque toujours notamment :
- les résultats détaillés de la consultation organisée auprès des socioprofessionnels ;
- les procès-verbaux ou comptes rendus du Bureau communautaire ayant examiné les candidatures. Or c’est précisément lors de cette réunion que, selon la délibération du 29 avril, l’ensemble des candidatures devait être examiné avant la décision du président.
- les documents présentant les critères effectivement retenus ;
- les propositions formulées par les représentants des filières touristiques ;
- les éléments expliquant pourquoi plusieurs candidats arrivés en tête ne figurent plus dans la composition finale.
Autrement dit, la partie la plus déterminante de la procédure demeure aussi celle qui est la moins documentée.
Un rappel de notre demande de communication de documents a été adressé à la Communauté de communes afin que ces éléments puissent enfin être examinés.
Une communication qui interroge
La manière dont la Communauté de communes a répondu à notre demande de communication mérite également d’être relevée.
Notre demande portait sur un ensemble très large de documents retraçant la procédure : règles communiquées aux candidats, listes de candidatures, résultats détaillés du scrutin, procès-verbaux du Bureau communautaire, documents ayant conduit aux choix finaux, critères appliqués, chronologie complète de la procédure, etc.
En réponse, sept documents nous ont été transmis.
À première vue, cette réponse peut donner le sentiment d’une communication complète.
Un examen plus attentif conduit pourtant à une appréciation différente.
Les statuts de l’Office de tourisme étaient déjà librement accessibles au public.
Quatre des sept documents transmis ne sont pas des pièces distinctes de la procédure de désignation ; ils correspondent simplement aux différentes délibérations extraites d’un même procès-verbal de la réunion du Comité de direction du 2 juin 2026.
Autrement dit, sur les sept documents annoncés, une partie importante ne concerne pas directement la procédure ayant conduit à la désignation des représentants socioprofessionnels, mais le fonctionnement du Comité de direction une fois celui-ci déjà constitué.
À l’inverse, les documents qui permettraient précisément de comprendre comment la composition finale a été arrêtée, résultats détaillés de la consultation, procès-verbal du Bureau communautaire, listes complètes des candidats, critères effectivement appliqués ou propositions ayant conduit aux choix finaux, n’ont toujours pas été communiqués.
Cette observation ne permet évidemment pas de préjuger des raisons de cette communication partielle. Elle conduit en revanche à constater que les documents transmis éclairent principalement l’issue de la procédure, beaucoup moins son déroulement.
C’est précisément pour cette raison qu’un rappel sous la forme d’une demande complémentaire de communication a été adressée à la Communauté de communes.
Une cohérence qui interroge elle aussi
Dans son courrier accompagnant les documents transmis, la Communauté de communes indique que les choix opérés visaient notamment à assurer une meilleure représentation géographique du territoire.
Le procès-verbal du comité de direction de l’OT du 2 juin montre d’ailleurs que ce critère est lui-même invoqué publiquement par une candidate.
Lors de l’élection du deuxième vice-président, Élodie Derdaele explique que son élection contribuerait à un meilleur équilibre entre les communes de la Communauté de communes.
Le principe d’une représentation territoriale équilibrée est donc clairement assumé.
Reste à comprendre comment il a été appliqué lors de la désignation des représentants socioprofessionnels.
En effet, la composition finalement arrêtée demeure très largement concentrée sur des acteurs exerçant leur activité à La Bresse. Sur les onze représentants socioprofessionnels titulaires, huit exercent leur activité à La Bresse.
Le cas du collège des activités de pleine nature illustre cette difficulté.
Laurent Cahon arrivait en tête de la consultation organisée auprès des professionnels.
Il est finalement remplacé par Aude Parmentelot, dont le profil professionnel public indique qu’elle exerce une activité commerciale chez Bol d’Air.
Les deux activités étant implantées à quelques centaines de mètres l’une de l’autre, il est difficile de comprendre en quoi cette substitution répondrait à un objectif de rééquilibrage territorial.
Cette observation ne permet évidemment pas de conclure à une irrégularité.
Elle justifie en revanche que les critères effectivement retenus soient rendus publics.
Où se situe la responsabilité de la décision ?
Les documents désormais communiqués permettent d’identifier une partie de la chaîne décisionnelle, mais pas encore son fonctionnement complet.
Nous savons que l’arrêté de désignation est signé par le président de la Communauté de communes. Nous savons également que Pierre Mengin, en qualité de premier vice-président chargé du développement économique et du tourisme, siège au comité de direction de l’Office de tourisme et participe à sa gouvernance. Nous savons enfin que la délibération du 29 avril prévoit un examen préalable des candidatures par le Bureau communautaire.
En revanche, aucun document communiqué ne permet encore de reconstituer le cheminement qui conduit du premier vote des socioprofessionnels à la liste arrêtée le 21 mai.
Mais précisément parce qu’ils occupent ces responsabilités, ils sont les mieux placés pour apporter les explications que les documents ne fournissent pas.
Quel rôle le Bureau communautaire a-t-il réellement joué ?
Quelles propositions lui ont été soumises ?
Qui a proposé les substitutions observées entre le premier scrutin et la composition finale ?
Quels débats ont eu lieu ?
Quels critères ont été retenus ?
À ce jour, ces questions demeurent sans réponse.
Ce que nous savons aujourd’hui
Au début de cette enquête, les interrogations portaient sur l’existence même du premier vote.
Cette question est désormais tranchée.
Le vote a bien eu lieu.
Ses résultats existent.
Nous disposons également des délibérations, de l’arrêté de désignation et du procès-verbal d’installation du Comité de direction.
Ces documents permettent de comprendre le fonctionnement démocratique du Comité de direction de l’OT une fois celui-ci installé.
Ils montrent en revanche que la phase décisive de la procédure, celle qui conduit au choix des représentants socioprofessionnels par les instances dirigeantes de la communauté de commune, demeure largement dépourvue de transparence documentaire.
Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une irrégularité a été commise.
Il s’agit de constater que plusieurs candidats arrivés en tête lors de la consultation n’ont finalement pas été retenus, sans qu’il soit aujourd’hui possible, au vu des documents communiqués, de comprendre précisément les raisons de ces choix.
Le président de la Communauté de communes, signataire de l’arrêté de désignation, comme les responsables politiques en charge du tourisme, au premier rang desquels Pierre Mengin en sa qualité de premier vice-président de la Communauté de communes en charge du tourisme, sont les mieux placés pour apporter ces explications.
Une nouvelle demande de communication vient de leur être adressée.
Si les documents sollicités confirment que les critères annoncés ont été appliqués de manière objective et cohérente, ils contribueront à dissiper les interrogations.
Dans le cas contraire, ils permettront enfin d’ouvrir un débat éclairé sur une procédure qui, aujourd’hui encore, laisse subsister trop de zones d’ombre.
Une affaire qui dépasse le seul Office de tourisme
Certains considéreront peut-être que cette affaire n’est qu’un épisode administratif sans grande importance.
Ce serait une erreur.
L’Office de tourisme communautaire n’est pas un organisme anecdotique.
Il oriente la politique touristique du territoire.
Il participe à la promotion de la destination.
Il influence les partenariats, les actions de communication, les manifestations, les priorités de développement.
La manière dont ses représentants sont désignés n’est donc pas un détail de procédure.
Elle touche directement à la confiance que les professionnels peuvent accorder aux institutions qui prétendent les représenter.
Il ne s’agit pas aujourd’hui d’affirmer qu’une illégalité a été commise.
Il ne s’agit pas davantage de désigner des coupables avant que tous les documents aient été produits.
Mais les éléments désormais connus mettent en évidence des écarts objectifs entre les résultats de la consultation organisée auprès des socioprofessionnels et la composition finalement arrêtée.
Ils montrent également que les documents permettant d’expliquer ces écarts n’ont toujours pas été communiqués.
Cette affaire dépasse désormais le seul fonctionnement de l’Office de tourisme. Elle pose une question plus générale, celle de la place accordée à la participation des acteurs locaux dans les décisions publiques. Lorsqu’une consultation est organisée, que ses résultats sont connus, puis qu’une autre composition est finalement retenue, il est légitime que les professionnels comme les citoyens puissent comprendre les raisons de ces choix. La confiance ne naît pas seulement du respect des règles, elle naît aussi de la possibilité d’en suivre le cheminement.
La Communauté de communes dispose désormais de tous les éléments nécessaires pour lever les interrogations.
Il lui appartient de produire les pièces demandées, d’expliquer les critères effectivement retenus et de montrer que la procédure suivie a respecté non seulement les statuts de l’Office de tourisme, mais également l’esprit de participation qui avait conduit les professionnels à se déplacer… ou à se connecter… pour voter.
Les documents déjà communiqués ont permis d’éclairer une partie du fonctionnement de l’Office de tourisme. Il n’en va pas de même de la procédure conduite par la Communauté de communes, dont plusieurs étapes essentielles demeurent, à ce stade, insuffisamment documentées. Les documents encore attendus permettront peut-être d’expliquer la phase la plus déterminante, celle qui a conduit à la composition même du comité de direction de l’OT.
Si la Communauté de communes communique les documents encore demandés, ils permettront peut-être de démontrer que les choix opérés étaient parfaitement fondés. Mais tant que ces pièces demeurent absentes, les interrogations qu’elles suscitent restent légitimes.
Une consultation n’a de sens que si ceux qui y participent peuvent comprendre la manière dont son résultat est utilisé. Lorsqu’on demande aux acteurs d’un territoire de s’exprimer, leur vote ne peut pas devenir, sans explication, un simple épisode oublié entre deux délibérations.
Les documents en notre possession
- Résultats du premier scrutin.
- Procès-verbal complet du Comité de direction du 2 juin.
- Statuts de l’Office de Tourisme
- ✔ Délibération de la CCHV du 29 avril.
- ✔ Arrêté du Président de la CCHV du 21 mai.
- ✔ Courrier de réponse de la CCHV.
Les documents précédés du symbole ✔ ont été communiqués par la Communauté de communes. Les autres proviennent d’autres sources ou étaient déjà accessibles publiquement.
Les documents toujours demandés
- ✘ Procès-verbal du Bureau communautaire.
- ✘ Résultats détaillés du ou des votes.
- ✘ Liste complète des candidats.
- ✘ Propositions ayant conduit à la composition finale.
- ✘ Documents définissant les critères de sélection.
- ✘ Documents relatifs à l’organisation de la consultation
- ✘ Documents relatifs aux candidatures
- ✘ Documents relatifs au scrutin organisé
- ✘ Documents relatifs aux décisions prises après la consultation
- ✘ Documents justifiant les choix opérés
- ✘ Documents relatifs à la consultation du Bureau communautaire
Le 12 juillet 2026 Dominique HUMBERT-BERETTI











