Communiqué N°2 La Bresse Environnement
Depuis plusieurs mois, les habitants de La Bresse et des rives de la Moselotte sont confrontés à des épisodes récurrents d’odeurs anormales, parfois intenses, altérant le cadre de vie et suscitant une inquiétude légitime.
Faisant suite à nos courriers adressés à Madame le Maire de La Bresse puis à Monsieur le Préfet des Vosges, à Monsieur le Directeur de L’ARS du Grand Est et à notre communiqué du 25 janvier, une réunion s’est tenue en mairie le lundi 26 janvier, à l’issue de celle-ci une hypothèse est aujourd’hui présentée dans les médias, par certains acteurs institutionnels comme la plus crédible, voire comme une quasi-certitude : celle d’une pollution historique des sols issue des anciennes usines textiles des années 1950-1970, notamment des composés soufrés, qui remonterait aujourd’hui pour s’écouler dans la Moselotte.
Notre association estime nécessaire de rappeler plusieurs éléments factuels essentiels.
1. Une hypothèse qui ne repose pas sur l’histoire industrielle locale
Les recherches historiques disponibles, y compris celles issues des archives locales et de la documentation patrimoniale, convergent sur un point clair :
- les usines textiles de la vallée de la Moselotte, et en particulier à La Bresse, étaient essentiellement des filatures et des tissages,
- aucune source documentée ne démontre l’existence d’activités significatives de teinture ou d’ennoblissement textile sur ces sites, activités qui seules auraient pu générer des rejets chimiques soufrés notables et persistants.
Dans les Vosges, ces opérations de teinture et de blanchiment étaient historiquement concentrées sur d’autres sites spécialisés, distincts géographiquement et industriellement.
Présenter aujourd’hui l’industrie textile bressaude comme une source avérée de pollution soufrée durable relève donc davantage de l’affirmation que de la démonstration.
2. Absence de démonstration environnementale solide
Les études citées à l’appui de cette hypothèse, notamment celles réalisées en 2022 et 2024, n’ont à ce jour :
- mis en évidence aucune pollution significative des eaux souterraines, condition pourtant indispensable à une migration actuelle de polluants anciens vers la rivière ;
- établi aucun lien direct et démontré entre les composés détectés et une source industrielle textile historique identifiée.
L’évocation d’une pollution ancienne reste donc, en l’état, une piste parmi d’autres, et non une conclusion scientifique établie.
3. Une hypothèse unique qui interroge
Il est par ailleurs pour le moins étonnant que cette hypothèse soit portée quasi exclusivement par un représentant d’ATMO, organisme dont la mission réglementaire porte sur la qualité de l’air, et non sur l’analyse des sols, des sédiments ou des flux hydrogéologiques historiques.
Que cette hypothèse soit avancée n’est pas en soi problématique.
Qu’elle soit présentée comme dominante, sans discussion publique d’autres scénarios possibles, l’est beaucoup plus.
Cette approche univoque donne le sentiment d’un rétrécissement volontaire du champ d’investigation, là où la situation exigerait au contraire prudence, ouverture et pluralité des hypothèses.
4. Nos demandes restent inchangées
Face à ces constats, La Bresse Environnement réitère solennellement les demandes déjà formulées dans son premier communiqué :
- Ouverture complète du champ d’investigation, sans privilégier a priori une hypothèse non démontrée.
- Transmission intégrale et publique :
- des résultats des analyses réalisées en 2022 et 2024,
- des protocoles de prélèvements,
- des méthodes d’analyse utilisées,
- des limites et incertitudes identifiées.
- Communication du compte rendu écrit et officiel de la réunion tenue en mairie le 26 janvier, incluant les interventions, hypothèses évoquées et engagements pris.
- Association effective des représentants de la société civile et des habitants aux suites des investigations.
5. Pour une approche conforme aux principes de précaution et de transparence
La question posée n’est pas celle de désigner un responsable à tout prix, mais de comprendre réellement l’origine des nuisances, dans un objectif de santé publique, de protection de l’environnement et de confiance démocratique.
Ériger une hypothèse fragile en certitude commode ne peut qu’alimenter le doute et la défiance.
À l’inverse, la transparence, la rigueur scientifique et l’ouverture du débat sont les seules voies crédibles pour sortir durablement de cette situation.
La Bresse Environnement restera pleinement mobilisée pour que toute la lumière soit faite, sans angles morts ni réponses prématurées.
Le 29 janvier 2026
La Bresse Environnement