Municipales la Bresse 2026 : rupture ou continuité ?

Les élections municipales sont de retour dans le paysage, déjà six ans, et surprise un nouveau candidat, tête d’une liste nommée «  La Bresse, je participe ! » vient d’y faire son apparition. Il est plutôt réjouissant de découvrir de nouvelles têtes, même si elles ne se montrent que maintenant à quelques encâblures du premier tour. Pierre Mengin conduit cette liste et pourquoi ne pas s’en réjouir? De nouvelles personnes s’engagent pour un mandat de six ans, un programme neuf, une nouvelle politique communale, bref de l’espoir en vue ? Avant d’aller y voir de plus près, revenons brièvement sur le bilan de l’équipe sortante.

– Bilan de l’équipe sortante

J’écris, brièvement, car hélas, le bilan de la majorité est bien maigre : beaucoup d’incompétence, une grande vacuité pour ne pas dire un vide sidéral quant à l’avenir de la ville, ce dans la plupart des domaines. Force est de constater que malgré deux mandats consécutifs, les résultats concrets se font rares.

Une économie locale en souffrance : la commune a misé presque exclusivement sur le tourisme saisonnier, au détriment des commerces et des habitants permanents. Résultat? Des enseignes qui ferment leurs portes hors périodes scolaires, une fois les touristes envolés, une désertification commerciale, médicale et une précarité grandissante pour les Bressauds.

Une désertification alarmante: les jeunes peinent à s’installer, chassés par des prix immobiliers exorbitants, tandis que les résidences secondaires et les locations saisonnières prolifèrent.

La Bresse n’est plus ce vill-Bilan de l’équipe sortanteage de montagne où il faisait bon vivre, aux activités économiques diversifiées permettant à une population stable de s’y maintenir. A vouloir mettre tous les œufs dans le même panier du tourisme, nous sommes maintenant sommés de résider dans « une station 4 saisons » qui a perdu son âme en chemin, submergée par un tourisme irrespectueux de l’environnement. Oui, La Bresse se transforme de plus en plus en une station fantôme, hors des périodes d’affluence. Nous vivons dans une commune plus que vieillissante qui à chaque recensement perd des habitants, nous sommes passés sous le seuil des 4000. Des acquéreurs avec de gros moyens financiers achètent cash, maisons, fermes, appartements pour en faire des résidences secondaires et des locations saisonnières.

– Un déni de réalité :

La municipalité n’a pu ignorer une situation se dégradant de façon inexorable. Malgré ces signaux d’alerte, l’équipe sortante semble avoir géré les affaires communales les yeux fermés, préférant vanter une prospérité illusoire plutôt que d’affronter les défis structurels. « Tout baignait dans le meilleur des mondes ! ».

La Bresse glisse lentement d’un équilibre villageois permanent vers un modèle de station touristique dominant.

– Une nouvelle équipe, pour quelles propositions ?

Pierre Mengin, tête de la liste « La Bresse, je participe » incarne-t-il le changement ? Il se présente comme un Bressaud pure souche, un argument récurrent dans la commune. Mais cet attachement territorial suffit-il à garantir les compétences adaptées aux enjeux actuels. Animateur de montagne et ex écologiste, Pierre Mengin connaît bien les défis environnementaux de la région. Pourtant son activité professionnelle, s’est progressivement tournée vers un tourisme de masse, souvent peu respectueux des écosystèmes fragiles de la montagne. Son entreprise, Gambaladons, propose entre autres des activités de loisirs motorisés (VTT électriques, Gyropod …) tous engins qui érodent les sols en forêt et sur les crêtes, notamment lors des pics de fréquentation. Cela peut donner à s’interroger…

Quid du programme ?

A la lecture du programme , une impression domine, celle de l’abondance de bonnes intentions. Il est vrai qu’à la Bresse, la polémique est tabou, le système d’alliances familiales, de clans, dissuade de s’exprimer ouvertement, le débat, la controverse, l’échange d’idées n’y ont pas droit de cité. Dans ce programme, on parle de : dynamiser, accompagner, soutenir, valoriser, renforcer, co-construire. Ces verbes sont consensuels et donc rassurent, malheureusement ils n’engagent presque pas. Mais où sont les chiffres, les priorités hiérarchisées,les arbitrages budgétaires ? Aucune trajectoire claire, par exemple sur le logement social, aucune mention explicite sur la loi SRU. La régulation du foncier n’est assortie d’aucune mesure concrète…

Un programme qui ne fixe aucune borne, ne fixe aucun cap.

Ce programme insiste sur la démocratie participative, mais celle -ci n’est pas une finalité en soi, elle est un moyen. Un projet municipal ne peut se limiter à organiser des réunions. Il doit formuler des orientations. : gouverner, c’est arbitrer. Arbitrer c’est choisir. Choisir c’est s’exposer. Ici l’exposition est minimale, timide. C’est une longue litanie de phrases convenues et de pseudo-propositions sans substance, pour ne pas dire un verbiage insignifiant ! Le consensus est confortable, on ne heurte personne, on ne clive pas, on ne hiérarchise rien. Tout est important, donc rien ne l’est. Nous sommes ici face à un document de communication plus qu’à un véritable programme. Les électeurs attendent pourtant des choix assumés, des priorités explicites et une orientation stratégique lisible pour la commune et ses habitants

Enfin, une grande absente du programme, celle de la culture qui n’apparaît pas comme une politique publique structurée. Elle est absorbée dans l’animation associative ou l’évènementiel. Or, une commune ne se construit pas uniquement par le tourisme et l’économie, elle se structure aussi par la culture, l’éducation artistique, la transmission. Ne pas penser la culture comme pilier stratégique révèle une vision essentiellement gestionnaire du territoire. On administre l’existant, on organise des événements, mais on ne bâtit pas d’avenir.

En conclusion, un programme municipal doit permettre aux électeurs de savoir précisément pour quoi ils votent. Un renouveau ne se proclame pas, il se démontre preuves à l’appui. L’exercice ici n’est pas probant. «  Si la montagne est exigeante, la politique se doit de l’être aussi ».

Annie Aucante

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