La Bresse sous les odeurs : l’air public mérite la transparence

Photo d'illustration retouchée

Il y a des choses qu’on ne voit pas, mais qu’on sent.
Et parfois, ce sont elles qui en disent le plus sur l’état réel d’un territoire.
Depuis plusieurs mois, des odeurs étranges, persistantes, toujours les mêmes, sont signalées dans un secteur autour de la Moselotte, à La Bresse. Elles apparaissent, disparaissent, puis reviennent. Sur quelques centaines de mètres. Sans prévenir. Sans explication claire.
Ce n’est ni un fantasme collectif, ni une lubie de nez trop sensibles. Plusieurs personnes, à des moments différents, décrivent la même chose. Quand un phénomène dure, il mérite autre chose qu’un haussement d’épaules.

« Rassurer » n’est pas gouverner

La mairie indique que des études ont été réalisées et qu’aucun risque sanitaire n’a été identifié. Très bien. Personne ne demande à affoler qui que ce soit.
Mais une question demeure, simple et pourtant essentielle : d’où viennent ces odeurs ? Car à ce stade, l’origine du phénomène n’est pas connue publiquement.
On nous parle de seuils, de concentrations, de normes respectées. Mais on ne nous dit pas ce qui sent, pourquoi ça sent, ni pourquoi ça sent parfois et pas toujours.

Autrement dit : on rassure sur les conséquences possibles, sans expliquer la cause.
C’est un peu comme dire que la maison ne brûle pas… sans chercher d’où vient la fumée.

La transparence n’est pas une option, c’est un droit

La transparence n’est pas une option, c’est un droit

Demander des explications détaillées n’est ni une attaque, ni une défiance envers les élus. C’est un droit reconnu par la loi.

Le Code de l’environnement garantit à toute personne l’accès aux informations relatives à l’environnement détenues par les autorités publiques (articles L124-1 et suivants).
La Convention d’Aarhus, ratifiée par la France, affirme le même principe : les citoyens ont le droit de savoir ce qui concerne leur environnement, leur air, leur eau, leur cadre de vie.

Ce droit existe précisément pour éviter que les sujets sensibles soient enfermés dans des formules rassurantes mais incomplètes.

Pourquoi élargir les questions est une nécessité

Aujourd’hui, les investigations annoncées semblent se concentrer sur les sols du lit de la Moselotte. Pourquoi pas. Mais pourquoi seulement là ?

Dans une vallée comme la nôtre, marquée par une longue histoire industrielle, par des travaux successifs, des remblais, des réseaux enterrés parfois anciens ou mal connus, réduire le champ des hypothèses est une erreur.

D’autres pistes existent :

  • activités industrielles actuelles ou anciennes, proches ou plus lointaines,
  • déplacements importants de terres lors de travaux passés,
  • réseaux enterrés (assainissement, canalisations oubliées),
  • circulations souterraines naturelles susceptibles de mobiliser des composés odorants.

Les évoquer ne signifie pas accuser.
Cela signifie refuser de clore un dossier avant de l’avoir compris.


Appel à témoignages : Odeurs dans le secteur de la Moselotte

Afin de mieux comprendre ce phénomène, les habitants et usagers du secteur sont invités à témoigner s’ils ont constaté ces odeurs au cours des derniers mois.

Il ne s’agit ni de désigner une cause, ni d’accuser qui que ce soit, mais simplement de recueillir des faits, tels qu’ils ont été perçus.

Un témoignage peut utilement préciser :

  • la période (mois, saison, date approximative),
  • le secteur concerné (quartier, rive, zone, sans adresse précise),
  • la durée de l’épisode,
  • les conditions générales (pluie, chaleur, vent, moment de la journée),
  • une description libre de l’odeur, sans interprétation,
  • le caractère isolé ou répété de l’épisode.

Les témoignages peuvent être brefs. L’important est la précision factuelle.

Confidentialité garantie :

  • les témoignages pourront être anonymisés,
  • aucune publication nominative ne sera faite sans accord explicite,
  • ils seront utilisés uniquement à des fins d’information et de compréhension collective.

Témoigner, ce n’est pas créer un problème.
C’est contribuer à le comprendre.

Envoyez vos témoignages par mail à : contact@enpassantparmalorraine.fr

Et maintenant, concrètement ?

Une demande officielle de communication de documents a été adressée à la mairie afin d’obtenir :

  • les rapports complets des études réalisées,
  • les méthodes employées,
  • les dates et conditions de prélèvement,
  • les hypothèses examinées et celles écartées.

Lorsque ces documents seront communiqués, chacun pourra se faire une opinion éclairée, sur pièces.
C’est ainsi que fonctionne une démocratie locale adulte.

En cas d’absence de réponse ou de communication partielle, la loi prévoit la possibilité de saisir la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), autorité indépendante chargée de garantir l’effectivité du droit à l’information environnementale.

Y recourir n’est pas un acte de défiance.
C’est simplement faire respecter un droit.

En Lorraine, on sait ce que valent les silences prolongés

Ici plus qu’ailleurs, l’histoire nous a appris que les problèmes environnementaux commencent souvent par de petits signaux : une odeur, une eau trouble, un bruit inhabituel.
Et que les ignorer finit rarement bien.

Quand l’air devient suspect, ce n’est pas la question qui dérange.
C’est le silence qui s’installe autour.

Et à « en passant par ma Lorraine », ce silence-là, on a appris à ne plus l’accepter.

Le 22/01/2026
Dominique HUMBERT-BERETTI Alias GRACCHUS

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