Depuis plusieurs mois, des habitants et des visiteurs signalent la présence d’odeurs inhabituelles dans le secteur de la Moselotte, à La Bresse.
Toujours les mêmes, difficiles à qualifier, elles apparaissent de façon épisodique mais récurrente, sur un périmètre pouvant s’étendre de 300 à 800 mètres autour de la rivière.
Un phénomène qui dure, qui revient, qui se fait sentir au sens propre, et qui, à ce titre, ne peut être balayé d’un revers de communication.
Une réponse officielle… très rassurante
Dans le bulletin municipal, la mairie indique avoir diligenté des investigations en lien avec ATMO Grand Est et le bureau d’études SEMACO Environnement, portant sur l’air, les eaux superficielles, les sédiments et les eaux souterraines .
Les conclusions publiées en janvier 2025 se veulent sans ambiguïté :
- aucune pollution des eaux superficielles ou souterraines ;
- seulement des traces modérées d’hydrocarbures et de sulfates dans certains sédiments ;
- des composés organiques volatils (COV) détectés ponctuellement dans l’air, à des concentrations qualifiées de faibles et non nocives.
La municipalité en déduit qu’« aucune situation de risque sanitaire n’a été identifiée » et affirme vouloir « rassurer les habitants » .
Rassurer, donc. Mais sur quelles bases exactes ?
Un phénomène réel, des causes toujours inconnues
Car un point demeure soigneusement évité : l’origine des odeurs n’est pas identifiée.
Or, lorsqu’un phénomène persiste pendant des mois, qu’il concerne une zone habitée et qu’il est signalé par plusieurs personnes indépendantes, l’absence d’explication ne saurait être considérée comme un détail.
Les résultats publiés parlent d’analyses, de seuils, de concentrations, mais ne disent rien de la source. On sait ce qui n’est pas dangereux, mais on ignore toujours ce qui produit ces odeurs, pourquoi elles apparaissent, et pourquoi elles disparaissent pour mieux revenir.
Des investigations étonnamment limitées
Autre sujet d’étonnement : la suite annoncée des investigations.
La commune indique vouloir poursuivre les recherches sur les sols de l’ancien lit de la Moselotte. Pourquoi uniquement là ?
Rien, dans les éléments communiqués, ne permet d’affirmer que la source du problème se situe exclusivement dans le lit ou l’ancien lit de la rivière.
Dans une vallée marquée par une histoire industrielle dense, par des usages multiples et par des sols souvent remaniés, réduire le champ des investigations à un seul compartiment géographique interroge.
Pourquoi ne pas explorer plus largement :
- les activités industrielles passées et actuelles,
- les sols périphériques,
- Les causes potentielles d’odeurs persistantes peuvent relever soit de réseaux enterrés (canalisations, collecteurs, ouvrages anciens), soit de circulations souterraines naturelles (nappes, écoulements diffus, migrations gazeuses). Ces deux mécanismes sont distincts, tant par leur origine que par les méthodes d’investigation requises, et ne sauraient être écartés sans analyses spécifiques.
- ou encore des sources diffuses, proches ou lointaines, liées aux vents et aux conditions météorologiques.
À ce stade, ces pistes ne sont ni confirmées, ni infirmées. Elles semblent surtout… ignorées.
Rassurer n’est pas comprendre
Affirmer qu’« il n’y a pas de danger » alors que l’origine du phénomène demeure inconnue relève davantage de la communication que de la démonstration.
Il ne s’agit pas d’affoler la population, aucune donnée disponible ne permet de parler de risque sanitaire avéré, et il serait irresponsable de le prétendre.
Mais il est tout aussi légitime de rappeler que l’absence de preuve n’est pas la preuve de l’absence, surtout lorsque les études restent partielles ou ciblées.
Et il est tout aussi irresponsable de transformer l’incertitude en certitude rassurante.
L’expérience environnementale montre que les nuisances olfactives sont rarement anodines. Elles sont souvent les symptômes de phénomènes diffus, complexes, parfois mal localisés, qui exigent du temps, de la méthode et une réelle ouverture des hypothèses.
Une exigence légitime de transparence
Les habitants concernés sont fondés à demander :
- la communication intégrale des résultats d’études annoncées,
- des précisions sur les hypothèses réellement explorées,
- une extension claire et assumée des investigations au-delà du seul lit de la Moselotte.
Quand une odeur persiste, ce n’est pas l’inquiétude citoyenne qui pose problème, mais la tentation de clore le débat avant d’avoir compris.
Rassurer, oui.
Mais rassurer sans savoir d’où vient l’odeur, c’est parfumer le doute… pas le dissiper.
Le 18 janvier 2026
Dominique HUMBERT-BERETTI Alias GRACCHUS